Les murs refends jouent un rôle structurel clé dans la stabilité d’un bâtiment, mais ils restent souvent mal compris, voire confondus avec les simples cloisons. Ici, vous trouverez rapidement à quoi ils servent, comment les dimensionner et où les placer selon les règles de l’art. Le reste de l’article détaille les points techniques, les normes et les choix de matériaux pour sécuriser votre projet.
Comprendre le rôle d’un mur refend dans la structure porteuse

Avant de parler de calculs, de charges et de BAEL, il est essentiel de clarifier ce qu’est réellement un mur refend porteur. Cette partie répond à vos premières questions : utilité, différences avec un mur de façade ou une cloison, et conséquences sur la stabilité globale du bâti.
Comment un mur refend reprend les charges et stabilise un bâtiment
Un mur refend est un mur porteur intérieur qui reprend les charges verticales des planchers et parfois de la toiture. Contrairement à une simple cloison, il participe activement au contreventement de l’ouvrage, en limitant les déplacements horizontaux causés par le vent ou les séismes.
Concrètement, lorsque les planchers transmettent leur poids et les charges d’exploitation vers le bas, le mur refend assure le transfert vers les fondations. Il travaille en compression et répartit ces efforts de manière uniforme. En cas de sollicitations horizontales, il se comporte comme un élément de contreventement, rigidifiant la structure et empêchant les déformations excessives.
Mal conçu ou mal positionné, ce mur peut fragiliser l’ensemble du bâtiment, provoquant des fissurations ou des tassements différentiels. D’où l’importance de l’intégrer dès les premières études de structure, en concertation étroite entre l’architecte et l’ingénieur.
Différence entre mur refend, cloison intérieure et mur de façade
La confusion entre ces trois éléments est fréquente, surtout lors de projets de rénovation. Pourtant, leurs fonctions diffèrent radicalement :
| Élément | Fonction principale | Capacité portante |
|---|---|---|
| Mur refend | Porteur intérieur + contreventement | Très élevée |
| Cloison intérieure | Séparation d’espaces | Aucune ou très faible |
| Mur de façade | Porteur extérieur + enveloppe | Élevée |
Le mur refend se distingue notamment du mur de façade par sa position centrale dans le bâtiment. Il travaille souvent en tandem avec plusieurs planchers à la fois, assurant une répartition optimale des charges. Une cloison, elle, ne porte que son propre poids et ne doit jamais être sollicitée structurellement.
Confondre ces éléments peut mener à des interventions hasardeuses : abattre un mur refend en pensant qu’il s’agit d’une simple cloison représente un danger majeur pour la stabilité de l’ouvrage.
Pourquoi l’implantation des murs refends conditionne le plan d’architecture
L’emplacement des murs refends influence directement les portées de plancher, la distribution des pièces et parfois même les ouvertures possibles en façade. Un plancher sans refend intermédiaire nécessitera des poutres plus dimensionnées ou des dalles plus épaisses, ce qui impacte le coût et l’encombrement.
Par exemple, dans une maison de 12 mètres de large, positionner un refend central tous les 6 mètres réduit considérablement les sections nécessaires de poutres et dalles. À l’inverse, vouloir un espace totalement ouvert impose des solutions structurelles plus lourdes : poutres métalliques, pré-dalles alvéolaires ou planchers bois renforcés.
Un bon compromis doit être trouvé dès l’esquisse entre contraintes architecturales, confort d’usage et logique structurelle. Idéalement, architecte et ingénieur structure collaborent dès la phase de conception pour éviter les reprises coûteuses ultérieures et garantir la cohérence du projet.
Dimensionnement d’un mur refend selon les règles de calcul et les normes

Une fois le rôle du mur refend clarifié, vient la question cruciale du dimensionnement : épaisseur, matériau, ferraillage, appuis. Cette partie synthétise les principes de calcul, les principales normes et les ordres de grandeur à connaître pour sécuriser vos choix.
Quels critères déterminent l’épaisseur minimale d’un mur refend porteur
L’épaisseur d’un mur refend dépend de plusieurs paramètres techniques et réglementaires. Les principaux critères sont :
- Les charges verticales à reprendre (planchers, toiture, cloisons)
- La hauteur libre d’étage
- Le matériau constitutif (béton, parpaing, brique, bois)
- Les exigences acoustiques et coupe-feu
- La présence ou non d’efforts horizontaux (zones sismiques ou exposées au vent)
En maison individuelle, on rencontre fréquemment des épaisseurs de 15 à 20 cm en béton armé ou en maçonnerie de blocs. Pour un immeuble collectif, ces valeurs peuvent atteindre 20 à 25 cm selon la hauteur du bâtiment et le nombre de niveaux repris.
Ces valeurs restent indicatives. Seul un calcul structurel conforme aux Eurocodes permet de valider l’épaisseur adaptée à votre projet, en tenant compte de tous les paramètres locaux et des combinaisons de charges applicables.
Prise en compte des charges verticales et horizontales dans les calculs
Le dimensionnement ne se limite pas au poids propre du mur et aux charges de plancher. Les efforts horizontaux liés au vent et aux séismes peuvent être déterminants, surtout en zone sismique ou en bord de mer.
L’ingénieur structure évalue plusieurs combinaisons de charges selon les Eurocodes : permanentes (poids propre, cloisons, revêtements), d’exploitation (personnes, mobilier, équipements) et accidentelles (neige, vent, séisme). Le mur refend est alors intégré au système de contreventement de l’ouvrage, travaillant en compression mais aussi en flexion sous l’effet des forces horizontales.
La vérification porte à la fois sur la résistance des matériaux et sur la déformation admissible. Un mur trop souple pourrait transmettre des vibrations désagréables ou provoquer des fissurations dans les cloisons adjacentes, même si sa capacité portante reste suffisante.
Règles et recommandations des Eurocodes et DTU pour les murs refends
Les Eurocodes constituent le référentiel technique européen pour le calcul des structures. Selon le matériau choisi, différentes normes s’appliquent :
| Matériau | Eurocode applicable | Points clés |
|---|---|---|
| Béton armé | EN 1992 (EC2) | Ferraillage minimal, enrobage, armatures de chaînage |
| Maçonnerie | EN 1996 (EC6) | Élancement, joints de mortier, chaînages horizontaux et verticaux |
| Bois | EN 1995 (EC5) | Assemblages, contreventement par panneaux, résistance au feu |
Les DTU (Documents Techniques Unifiés) encadrent la mise en œuvre concrète sur chantier. Pour les murs refends, ils précisent notamment les dispositions minimales de ferraillage, d’ancrage et de reprise de charges concentrées. Les respecter permet d’obtenir une structure conforme, durable et assurée, tout en facilitant la validation par le bureau de contrôle.
Choix des matériaux, mise en œuvre et bonnes pratiques de construction
Au-delà des calculs, la réalité du chantier impose des choix concrets : béton, parpaing, brique, bois, béton cellulaire… Chaque matériau de mur porteur ou refend a ses atouts, ses limites et ses détails de mise en œuvre. Cette section vous aide à arbitrer en fonction des performances recherchées.
Comment choisir le matériau d’un mur refend selon l’usage du bâtiment
Le contexte du projet oriente fortement le choix du matériau. Voici les principales options et leurs caractéristiques :
Le béton armé offre une capacité portante très élevée, un excellent comportement sismique et une grande liberté de forme. Il est privilégié pour les immeubles collectifs, les bâtiments de grande hauteur ou les zones à forte sismicité. En revanche, il nécessite un temps de séchage et des moyens de mise en œuvre plus lourds.
Les blocs béton (parpaings) représentent une solution économique et rapide à poser. Ils conviennent bien aux maisons individuelles et petits collectifs. Leur inertie thermique est appréciable, mais ils demandent des chaînages horizontaux et verticaux pour assurer la cohésion structurelle.
La brique terre cuite allie performances thermiques, acoustiques et durabilité. Elle est particulièrement adaptée aux régions traditionnellement attachées à ce matériau. Son coût reste légèrement supérieur au parpaing, mais ses qualités hygrométriques et sa respirabilité séduisent de nombreux maîtres d’ouvrage.
Le bois gagne en popularité pour les constructions écologiques. Les refends peuvent être réalisés en panneaux CLT (bois lamellé-croisé) ou en ossature renforcée. La légèreté du bois facilite les fondations, mais impose une attention particulière aux jonctions et au contreventement pour garantir la rigidité d’ensemble.
Liaisons entre murs refends, planchers et fondations pour un bon transfert des charges
Un mur refend n’est efficace que s’il est correctement ancré aux planchers et aux fondations, sans discontinuité structurelle. Les liaisons doivent assurer un transfert fiable des efforts tout en limitant les fissurations.
En béton armé, des armatures de chaînage relient le mur aux poutres de plancher et aux semelles de fondation. Ces fers en attente assurent la continuité mécanique et empêchent tout glissement ou soulèvement. En maçonnerie, des chaînages horizontaux en béton armé sont coulés au niveau de chaque plancher, tandis que des chaînages verticaux peuvent être intégrés dans l’épaisseur du mur.
Pour les structures bois, des connecteurs métalliques (équerres, sabots, tire-fond) fixent les refends aux poutres et aux solives. Les panneaux de contreventement doivent être cloués ou vissés selon les prescriptions de l’Eurocode 5, avec une répartition régulière des fixations pour éviter les concentrations d’effort.
Une attention particulière est portée aux points singuliers : jonctions en T, croisements et abouts de planchers. Ces zones concentrent des efforts complexes et nécessitent souvent un ferraillage complémentaire ou des renforts locaux.
Erreurs fréquentes sur les murs refends à éviter dès la conception
Plusieurs erreurs reviennent régulièrement sur les chantiers, avec des conséquences parfois dramatiques :
Ouvrir une grande baie sans renfort : créer une porte de 1,80 m dans un mur refend sans linteau structurel adapté fragilise immédiatement la structure. Le calcul doit intégrer la reprise de toutes les charges situées au-dessus de l’ouverture.
Supprimer un refend lors d’une rénovation : vouloir agrandir une pièce en abattant un mur porteur sans étude préalable peut déséquilibrer les portées et créer des flèches excessives dans les planchers. Des fissures apparaissent alors en cascade.
Décaler le refend au dernier moment : adapter le plan intérieur en cours de chantier sans recalculer les portées et les appuis perturbe l’équilibre structurel initial. Même un déplacement de quelques dizaines de centimètres peut modifier les sections nécessaires de poutres.
En cas de modification envisagée, il est indispensable de consulter un ingénieur structure avant tout travaux. Cette précaution évite des sinistres coûteux et engage la responsabilité civile et pénale des intervenants.
Rénovation, percement et renforcement des murs refends existants
Dans l’existant, les murs refends sont souvent découverts au fil des travaux, parfois après des démolitions mal anticipées. Cette dernière partie aborde les questions pratiques : comment reconnaître un mur refend, peut-on le percer, et quelles solutions de renforcement envisager en rénovation ou réhabilitation lourde.
Comment reconnaître un mur refend dans une maison avant de percer
Plusieurs indices permettent d’identifier un mur refend avant d’entamer des travaux :
- L’épaisseur : un mur de 15 cm ou plus, en position intérieure, est souvent porteur
- L’alignement vertical : un mur qui traverse plusieurs niveaux sans décalage a de fortes chances d’être structurel
- Les appuis visibles : poutres ou solives qui reposent directement sur le mur indiquent un rôle porteur
- Le matériau et la mise en œuvre : un mur en béton armé ou en maçonnerie chaînée est rarement une simple cloison
Les plans d’origine, lorsqu’ils sont disponibles, constituent la première source d’information. Les relevés structurels réalisés par un géomètre ou un bureau d’études permettent de confirmer la nature porteuse du mur. En cas de doute, un diagnostic structurel reste la seule façon fiable d’éviter une intervention dangereuse.
Percement d’un mur refend : quelles solutions de renfort et quelles limites
Créer une ouverture dans un mur refend est techniquement possible, mais implique presque toujours un renforcement par poutre ou linteau structurel. Le dimensionnement de cette poutre doit reprendre les charges interrompues par l’ouverture, sans créer de désordre sur les appuis latéraux.
Les solutions courantes incluent :
- Poutre métallique (IPN, HEB) encastrée dans la maçonnerie de part et d’autre
- Linteau préfabriqué en béton armé, dimensionné selon la largeur d’ouverture
- Cadre métallique complet si l’ouverture est très large ou en zone sismique
Dans certains cas, la solution la plus sûre reste de réduire la largeur de l’ouverture prévue ou de la déplacer vers une zone moins sollicitée. Un percement mal dimensionné peut provoquer des fissurations en diagonale au-dessus de l’ouverture, signe d’une redistribution incorrecte des efforts.
Pourquoi faire appel à un ingénieur structure avant de modifier un mur refend
Un mur refend intervient dans l’équilibre global du bâtiment, parfois en interaction avec plusieurs autres éléments porteurs. Modifier ce mur sans étude préalable revient à jouer avec la stabilité de l’ensemble.
L’ingénieur structure analyse le fonctionnement d’ensemble avant de valider un percement, une suppression partielle ou un renforcement. Il établit une note de calcul qui dimensionne les renforts nécessaires et précise les dispositions constructives à respecter. Cette note engage sa responsabilité professionnelle et permet d’obtenir les autorisations administratives et les validations du bureau de contrôle.
Cette étape, souvent perçue comme une contrainte budgétaire, évite en réalité des sinistres lourds : effondrement partiel, fissures structurelles, tassements différentiels. Elle engage également la responsabilité civile et pénale des intervenants en cas de désordre ultérieur. Investir dans une étude structure constitue donc une sécurité indispensable pour tout projet de modification d’un mur refend existant.
En conclusion, les murs refends constituent des éléments structurels essentiels dont la conception, le dimensionnement et la mise en œuvre doivent respecter des règles précises. Que vous construisiez un ouvrage neuf ou rénoviez un bâtiment existant, leur prise en compte dès les premières esquisses garantit la pérennité et la sécurité de votre projet. Face à la complexité des calculs et des normes en vigueur, le recours à un ingénieur structure qualifié représente un investissement indispensable pour éviter des désordres coûteux et sécuriser l’ensemble de votre opération.
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